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Je vous propose de voir mes photos dans des reportages photos. Nature, Promenades, Fêtes, Expositions ....


1925-1935, une décennie bouleversante au musée du château des duc de Wurtemberg

Publié par Lemenuisiart sur 14 Avril 2018, 06:47am

Catégories : #exposition, #photos, #wurtembert, #presse, #C'est grâce à vous, #manifestations

Jean Moral Séance de prise de vues sur le pont du paquebot Normandie pour Harper's Bazaar, 1935 Planche contact © Brigitte Moral-Planté / Collection Nicéphore Niépce

Jean Moral Séance de prise de vues sur le pont du paquebot Normandie pour Harper's Bazaar, 1935 Planche contact © Brigitte Moral-Planté / Collection Nicéphore Niépce

1925-1935, UNE DÉCENNIE BOULEVERSANTE.
LA PHOTOGRAPHIE AU SERVICE DE LA MODERNITÉ.
MUSÉE DU CHÂTEAU DES DUCS DE WURTEMBERG, MONTBÉLIARD
DU 7 AVRIL AU 16 SEPTEMBRE 2018

Du 7 avril au 16 septembre 2018, le musée du château des ducs de Wurtemberg de Montbéliard propose une importante exposition photographique témoignant des bouleversements esthétiques survenus en France entre 1925 et 1935. Dix années suspendues, magiques et bouleversantes, révélées dans leur fragilité tout autant que dans leur inventivité. Sur 500 m², l’exposition présentera, à travers plus de 150 tirages originaux et une centaine de revues d’époque issus de prêts exceptionnels des Collections Roger-Viollet et de celles du musée Nicéphore Niépce, la richesse des illustrations et des évolutions visuelles que la presse et les photographes ont composé pour créer l’image d’une époque marquante.

1925-1935 est LA décennie où l’ivresse de la fête se mêle à l’austérité de la retraite, l’angoisse de l’avenir au bonheur du moment. Si la photographie reste encore pour peu de temps en noir et blanc, l’instantané y installe le goût du mouvement, et ce qu’elle saisit explose dans la réalité de couleurs ardentes, de paillettes et de strass autant que dans la sobriété et la rigueur des formes.

Entre le Traité de Versailles et le Front populaire, après les premiers Jeux Olympiques modernes à Paris en 1924, cette décennie 1925-1935 est comme ponctuée de jalons intellectuels, artistiques, industriels et politiques qui déterminent l’ensemble du XXe siècle. De l'exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes en 1925 à l’Exposition coloniale de 1931, du Congrès des écrivains de 1935 au lancement du paquebot transatlantique Le Normandie la même année, jusqu’à la prise du pouvoir au printemps 1936 du Front populaire, la France change de visage. Le fameux « style français » cher à Jean Cocteau est bouleversé aussi bien du point de vue esthétique que du point de vue intellectuel.

Les révolutions stylistiques de la décennie matérialisent la transition entre deux époques. Que ce soient la presse, la littérature, la mode, la musique, le théâtre ou la danse, toutes les manières de dire et de faire changent. Chacun est invité à s’exprimer, faisant une place immense à la photographie comme témoin de ces bouleversements. Le coutumier laisse la place au fantaisiste, au facétieux voire à l’aventureux. Du précurseur de presse que fut Jacques Laffite à l’entreprenant Jean Prouvost, du classique Paul Valéry au remuant  Joseph Kessel, du sinueux Jules Chéret au rigoureux Cassandre, la manière de vivre et de voir évolue à la vitesse de l’éclair. Joséphine Baker fait concurrence à Mistinguett, Igor Stravinsky et Arthur Honegger passionnent et déchaînent les salles quand Serge Lifar, impérial autant que Maurice Chevalier dans un autre genre, tient la scène de l’Opéra alors que son complice occupe le coeur des midinettes et s’envole pour Hollywood.

L’exposition universelle de 1937 constitue l’aboutissement de cette parenthèse « dorée ». Elle sonne la fin d’une décennie volontairement oublieuse et légère, mais surtout gracieuse, moderne, chic et dont le style élégant et sobre perdurera jusqu’aux années 1950.

La provenance des oeuvres :
Le musée Nicéphore Niépce s’est imposé depuis sa création en 1974 comme le lieu de conservation, d’étude et de valorisation de la photographie. De l’invention du procédé en 1827 aux dernières avancées du numérique, le musée rend compte de la diversité du médium photographique et de sa pratique à travers la présentation d’oeuvres originales ou d’installations multimédias. La photographie de presse est un des axes majeurs d’enrichissement, d’étude, d’exposition et de diffusion développé par le musée, la presse illustrée par la photographie occupant une place centrale dans ses collections. Les nombreux magazines illustrés acquis ces vingt dernières années sont ainsi intégrés pleinement aux collections patrimoniales. En parallèle, le musée s’attache à recueillir ou à acquérir des fonds de photographes ou d’agences ayant travaillé pour la presse. Après inventaire, analyse, documentation et numérisation, le musée Nicéphore Niépce valorise ces collections par des expositions.

Les Collections Roger-Viollet sont le fruit du travail mené de 1938 à 1985 par Hélène Roger (1901-1985) et Jean-Victor Fischer (1904-1985), passionnés de photographie et grands voyageurs, qui fondèrent la « Documentation générale photographique Roger-Viollet ». S’appuyant sur le fonds iconographique de Laurent Ollivier, installé depuis 1880 et déjà diffuseur de Léopold Mercier, Alinari, Broggi et Anderson, ils y adjoignirent les photographies de la famille d’Hélène, fourmillante d’amateurs en tout genre : Henri Roger (1869-1946), ingénieur, bronzier d’art et joyeux inventeur de trucages photographiques, Ernest Roger (1864-1943), son frère, ingénieur et sérieux co-inventeur de la télégraphie sans fil avec Eugène Ducretet et Henry Viollet (1880-1955), prolixe historien et archéologue. Ce premier ensemble de quelques 50 000 photographies fut enrichi dès l’immédiat après guerre par un effort continu d’acquisitions (Albert Harlingue, Laure Albin Guillot, Roger Berson, Gaston Paris, Charles Hurault, Jacques Boyer, Lipnitzki, les studios Ferrier-Soulier, Neurdein…). C’est ainsi qu’Hélène Roger et Jean-Victor Fischer constituèrent une collection photographique unique en son genre, couvrant l’histoire de la photographie quasiment de ses origines aux années 1970 et illustrant plus d’un siècle et demi d’histoire avec quatre axes principaux : les grands événements historiques, Paris, les
portraits de personnalités et les reproductions d’oeuvres d’art. Les Collections Roger-Viollet ont été léguées par leurs fondateurs à la Ville de Paris. Elles ont intégré en janvier 2018 la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

VU Hors-Série Paris en fête 16 juin 1934 Héliogravure Collection particulière

VU Hors-Série Paris en fête 16 juin 1934 Héliogravure Collection particulière

PARCOURIR L’EXPOSITION

« En attendant, nous pouvons nous dire : tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. » (Lettre de Sigmund Freud à Albert Einstein, Vienne, septembre 1932)

Un nouveau monde de papier se déploie : les éditeurs de presse se font éditeurs d’art, les industries publient de somptueux magazines. Les imprimeurs valorisent à l’envi leurs machines modernes et les nouvelles techniques d’impression en montrant des travaux d’artistes, d’illustrateurs et de photographes. Après la horde dispersée du XXe siècle, la presse se réinvente avec des figures, comme Lucien Vogel, Alexey Brodovitch, Florent Fels, Michel de Brunhoff, Jean Prouvost, Gaston Gallimard, Roger Tolmer… Les écrivains sont mis à contribution, usant et abusant de pseudonymes pour publier des reportages sérieux sur le monde tel qu’il va, aussi bien que des romances, voire commenter des faits divers. La composition des pages est calibrée pour attraper le lecteur. Les photographies sont recadrées, retouchées la plupart du temps mais signées le plus souvent, valorisant une réelle politique d’auteurs photographes.

Entre l'exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes en 1925 et l’arrivée au pouvoir du Front populaire, printemps 1936, la France a changé de visage. Le fameux « style français » cher à Jean Cocteau est bouleversé du point de vue esthétique et intellectuel. L’exposition universelle de 1937 conclut cette parenthèse dite dorée. Elle s’accompagne, hélas, de la montée des nationalismes, sonnant la fin d’une décennie, qui s’est voulue oublieuse et gracieuse, moderne et chic et dont le style élégant et sobre perdure jusqu’aux années 1950.

Match L’Intran n°71 14 février 1928 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Match L’Intran n°71 14 février 1928 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Le monde tel qu’il est

« L’Europe me fait songer à un objet qui se trouverait brusquement transposé dans un espace plus complexe […] les prévisions que l’on pouvait faire, les calculs traditionnels sont devenus plus vains que jamais ne l’ont été. » (Paul Valéry, Regard sur le monde actuel, Paris, éditions Stock, 1931)

Au-delà de l’audace rythmée du jazz, de la vitesse et des lumières pailletées, la décennie 1925-1935 se raconte aussi à l’aune de mutations sans pareille. La guerre a ravagé la terre, épuisé les humains, laminé une, deux, voire trois générations, mais les progrès techniques qui découlent des conflits se surpassent au début des années 1920, dans une dynamique incontestable. Fort de ce que le monde croit avoir dépassé, il s’imagine d’une envergure infinie, oubliant au passage de considérer sa part d’ombre.

Reconstruire, relancer l’économie, la tâche est incommensurable et les belles automobiles côtoient la misère. Le logement et le travail sont les grandes affaires du temps, assorties d’une préoccupation sanitaire aussi bien de la part des services publics que des associations. 1925-1935 voit éclore des programmes architecturaux d’une ampleur nouvelle qui visent à rendre à l’homme sa dignité et à la famille son confort. Les styles sont volontairement épurés, loin des folklores historicisants du siècle passé. Artistes, architectes et artisans, les arts se lient pour améliorer le quotidien, oeuvrant sur le plan social en vertu de valeurs que l’on veut morales.

En même temps que les villes voient les immeubles croître et la misère tenter d’être jugulée, les photographes et les revues témoignent des conditions de vie des personnes dans le besoin. C’est la naissance du reportage de proximité, avec ce qu’il contient de familiarité, de douceur parfois, de frontalité souvent, voire d’une poésie étrange. Ses auteurs pensent sincèrement témoigner d’un temps condamné à disparaître, comme si les pauvres et les zones de non droit des années 1930 étaient les derniers.

Voilà n°217 Roger Schall 18 mai 1935 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Voilà n°217 Roger Schall 18 mai 1935 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Plus haut, plus vite, plus loin

« Aimons la vitesse qui est le merveilleux moderne mais vérifions toujours nos freins. » (Paul Morand, De la vitesse, Paris, éditions Kra, 1929)

Automobile, train, aéroplane, canot à moteur, paquebot… l’industrie fourmille d’inventions et livre chaque semaine ou presque un nouvel engin permettant d’aller plus loin, plus haut et surtout plus vite. Les constructeurs savent mettre en avant leurs machines en participant aux croisières noire (1924-1925) et jaune (1931-1932), en organisant des rallyes, des courses, des concours d’élégance et des spectacles. Ainsi, les ethnologues que sont Georges-Henri Rivière, Paul Rivet ou Marcel Griaule, font partie égale dans la promotion des voitures avec Albert Londres, la miss du mois ou Erika et Klaus Mann qui voyagent grâce aux usines Ford.

Pour ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas voyager, les lointains viennent à eux mais l’Exposition coloniale de 1931 se révèle une extraordinaire démonstration de puissance et de naïveté. Les ethnologues publient à leur retour de voyage mais ce qu’ils disent du monde et des colonies ne correspond pas aux visées des politiques et des industriels. La « foire » s’organise à travers des reconstitutions qui séduisent l’oeil et attirent le chaland pour lequel tout est organisé, du décor à la mise en place des « figurants ». Les procédés scénographiques des expositions coloniales finissent ironiquement par installer des stéréotypes ethnocentriques qui vont, via l’architecture coloniale, impacter les pays dont ils sont supposés être issus.

En même temps qu’il voyage, « l’homme occidental » chérit le sport et les démonstrations de force. Là aussi, concours et spectacles se multiplient. Le sport vise une ambition totale, hygiéniste, militaire, éducative et politique. Exposer et magnifier les corps en photographie prend une importance quasi « antique » comme en attestent la presse et l’édition.

René Prouho Croisière noire, vers 1925 Tirage sur papier au gélatino-bromure d'argent Collection musée Nicéphore Niépce

René Prouho Croisière noire, vers 1925 Tirage sur papier au gélatino-bromure d'argent Collection musée Nicéphore Niépce

Tous en fête !

« La mort, partout présente, donne du style à la vie. » (André Suarès, mars 1934. Contre le totalitarisme, Paris, éditions des Belles Lettres, 2017)

La décennie voit se télescoper les genres. Les salles de spectacle offrent les Pitoëff et Barbette, Berthold Brecht et Sacha Guitry, Arthur Honegger et André Messager… En résumé, il faudrait s’imaginer regarder Le Sang d’un poète, épure filmique de Jean Cocteau (1930) sur l’air de Qui a peur du grand méchant loup par Georges Milton (1933-1934).

Lev Koulechov invente le montage cinématographique, technique rendue fracassante par Sergueï Eisenstein dans Potemkine en 1925. Les cinéastes russes apportent aux années 1920 un genre nouveau, la révolution visuelle est en marche. Le théâtre voit naître en 1928 un duo mémorable, celui de Jean Giraudoux et de Louis Jouvet qui montent Tessa (1934), La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) ou Supplément au voyage de Cook (1935). De l’autre côté de l’art dramatique, Fanny de Marcel Pagnol devient un film, avec Orane Demazis dans le rôle-titre et Harry Baur dans celui de César.

Le grand intermédiaire entre les gens et les genres que fut Jean Cocteau serait l’ambassadeur idéal de la décennie. Les rangs de l’armée de l’art sont fournis, intrigants par leur variété même : pas de frontière entre l’opérette Pas sur la bouche (1925) de Maurice Yvain et les ballets de Kurt Joos, Maurice Ravel et Maurice Chevalier fréquentent le Cotton Club quand ils vont à New York. Des liens forts se nouent entre réalisateurs de cinéma, artistes et couturiers. Paul Poiret collabore avec Marcel L’Herbier pour L’Inhumaine en 1924 et Henri Diamant-Berger pour Éducation de prince en 1927.

La musique n’est évidemment pas en reste dans les cabarets et sur les plages, et la « bande son » de la décennie est évocatrice, des Roses blanches (1925) à Tout va très bien Madame la marquise (1935), les succès de l’époque sont souvent passés à la postérité : Tea for two (1925), Ol’man river (1927), I can’t give you anything but love (1928), Singin’ in the rain (1929), J’ai deux amours (1930), Plaisir d’amour (1931), 42nd street (1932), Santa Claus is coming to town (1933), Prosper yop la boum (1935)… Le monde est en tension, la musique apaise ou embrase les coeurs.

Boris Lipnitzki Reportage « Côte d'Azur ». France, 1932 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Boris Lipnitzki Reportage « Côte d'Azur ». France, 1932 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Féminin, féminité, féminisme

« Aujourd’hui où l’industrie subit une crise qui ira sans doute en s’accentuant pendant quelques temps encore, on prépare sournoisement l’élimination progressive des femmes. La galanterie et les bonnes manières sont réservées pour celles qui n’ont pas besoin de gagner leur vie. » (Cécile Brunschvicg, Le travail des femmes, article paru dans La Française, 21 mars 1931)

Ni commencement, ni bouleversement émancipateur, la Grande guerre est un accélérateur des mutations en cours. Le travail dans les usines de munitions payait le double des bas salaires féminins mais une femme y gagnait toujours moins qu’un homme (50% en 1913, 75% en 1917). En 1919, le baccalauréat est enfin accessible aux jeunes filles, elles entrent à l’université et concourent aux grandes écoles. Au-delà des midinettes et des « munitionnettes » qui amorcent les mouvements de contestations, les femmes accèdent à de nouveaux métiers, transports et administrations mais aussi à des emplois dans le secteur bancaire et aux professions libérales.

Dans les grandes villes, la mode suit l’esprit : les jupes raccourcissent, les corsets s’allègent et la nuque pointe sous le petit casque brillant des garçonnes, les parfums changent et Shalimar de Guerlain chavire l’année 1925. Les femmes sortent sans chaperons, dansent, fument en public, conduisent des automobiles, portent des pantalons extra larges à la plage et se montrent faisant du sport. Les figures qui s’émancipent, étonnent ou font un tabac, comme Nancy Cunard, Tamara de Lempicka ou Youki Desnos sont pour beaucoup issues de milieux privilégiés et ces nouvelles femmes « fatales » ne tardent pas à être instrumentalisées avec La Garçonne de Victor Margueritte et le grand succès de La Madone des sleepings de Maurice Dekobra.

Soi-disant scandaleuses et libérées, les femmes, dans la réalité, continuent de se voir maintenues aux rôles traditionnels. Suite à la guerre, beaucoup sont privées de leur travail et renvoyées dans leur foyer quand elles en ont encore un. Dans l’ébullition de l’après-guerre, les cabarets, les concerts nus, la presse et les magazines font recette avec la nudité des « traînées » aussi bien qu’avec celle des « ingénues ». Le corps féminin, exploité à tout va, appâte le chaland sur les affiches des lieux de spectacles et les kiosques des journaux.

Boris Lipnitzki Serge Lifar (1905-1986) dans Bacchus et Ariane Opéra de Paris, 22 mai 1931 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Boris Lipnitzki Serge Lifar (1905-1986) dans Bacchus et Ariane Opéra de Paris, 22 mai 1931 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Jean Moral Rallye Monte Carlo, pour Harper’s Bazaar, 1936 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent © Brigitte Moral-Planté / Collection musée Nicéphore Niépce

Jean Moral Rallye Monte Carlo, pour Harper’s Bazaar, 1936 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent © Brigitte Moral-Planté / Collection musée Nicéphore Niépce

Le goût du beau

« L’ampoule électrique est une nouvelle orchidée. » (Jean Cocteau, article paru dans la revue Le Coq suite à la représentation de Adieu New York de Georges Auric à la Comédie des Champs-Elysées le 21 février 1920.)

Voiture, voilier ou canot à moteur, tennis, randonnée, ski, charleston, foxtrot et transatlantique, impossible que le style ne suive pas ! La mode se renouvelle avec Jeanne Lanvin puis Madame Grès, les bijoux de Chanel perdent en volutes ce qu’ils gagnent en simplicité. La publicité attise la convoitise des consommateurs, offrant annonces humoristiques et promesses délirantes à des lecteurs qui veulent oublier les privations passées. Helena Rubinstein ouvre un institut fréquenté par les classes aisées qui fait rêver les midinettes en ces temps où la grande consommation n’existe pas encore.

Les femmes en robes faussement droites de Madeleine Vionnet dans des manteaux kimono sont accompagnées de messieurs en costumes de sports ou en smokings impeccables. La silhouette idéale à Paris serait celle de Nathalie Paley habillée par Lucien Lelong, dans un intérieur décoré par Jean-Michel Franck, écoutant du Cole Porter ou lisant François Mauriac…

L’époque est forte de styles et de figures qui durent, qu’il s’agisse des angles et des couleurs primaires de Mondrian ou du flair hallucinant de Peggy Guggenheim. Cette période voit même naître les super héros puisque Superman débute en 1933.

Gaston Paris Défilé de mode. Piscine Molitor, Paris, 1935 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent © Gaston Paris / Collections Roger-Viollet / BHVP

Gaston Paris Défilé de mode. Piscine Molitor, Paris, 1935 Tirage sur papier au gélatino-bromure d’argent © Gaston Paris / Collections Roger-Viollet / BHVP

L’Infini esthétique ou la conjugaison des arts

« J’ai toujours dessiné. Écrire, pour moi, c’est dessiner, nouer les lignes de telle sorte qu’elles se fassent écriture, ou les dénouer, de telle sorte que l’écriture devienne dessin. Je ne sors pas de là. J‘écris, j’essaye de limiter exactement le profil d’une idée, d’un acte, somme toute, je cerne des fantômes, je trouve les contours du vide, je dessine. » (Jean Cocteau, Opium, journal d’une désintoxication, Paris, éditions Stock, 1930)

Il faudrait pouvoir décrire un feu de joie qui durerait dix ans… Littérature, théâtre, peinture, sculpture, mode, décoration, danse, poésie, musique, tout se parle et tout se répond, les compartiments ne sont plus étanches et c’est tant mieux ! La danse classique voit s’épanouir des danseurs renversants comme Serge Lifar, la musique anime tout autant l’opéra que les bals populaires où les chansons de Maurice Chevalier, Fréhel ou Ray Ventura sont reprises en choeur. Le théâtre Pigalle propose des spectacles autant que des expositions d’arts premiers.

De grandes figures comme Marinetti, Pompon, Cocteau ou Honegger occupent les plus belles pages des magazines modernisés par des mises en pages novatrices et l’utilisation intense des photographies. L’intérêt pour la typographie est immense avec trois figures de proue : Alexey Brodovitch qui change chaque mois le style du titre d’Harpers Bazaar, Maximilien Vox dont la couverture sobre à l’excès de L’Or de Blaise Cendrars chez Grasset fait date (1925). Salvador Dali publie « De la boté terrifiante et comestible de l’architecture modern-Estyle », dans l’immense revue Le Minotaure en 1933. Il y flatte les « formes libidineuses » de l’art nouveau contre le « vide onirique » de Le Corbusier, le tout illustré par Man Ray et Brassaï…

Un crépitement ininterrompu de créations occupe le ciel pendant ces dix années, un feu d’artifice avant l’orage.

Boris Lipnitzki Joséphine Baker, artiste de music-hall et Georges-Henri Rivière, ethnographe français, au musée ethnographique du Trocadéro. Paris, 1933 Négatif souple au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Boris Lipnitzki Joséphine Baker, artiste de music-hall et Georges-Henri Rivière, ethnographe français, au musée ethnographique du Trocadéro. Paris, 1933 Négatif souple au gélatino-bromure d’argent Collections Roger-Viollet / BHVP

Albert Harlingue Jeunes femmes en costumes de cheval, Paris, vers 1930 Négatif au gélatino-bromure d’argent © Albert Harlingue / Collections Roger-Viollet / BHVP Jean Moral Séance de prise de vues sur le pont du paquebot Normandie pour Harper's Bazaar, 1935 Planche contact © Brigitte Moral-Planté / Collection Nicéphore Niépce Maurice-Louis

Albert Harlingue Jeunes femmes en costumes de cheval, Paris, vers 1930 Négatif au gélatino-bromure d’argent © Albert Harlingue / Collections Roger-Viollet / BHVP Jean Moral Séance de prise de vues sur le pont du paquebot Normandie pour Harper's Bazaar, 1935 Planche contact © Brigitte Moral-Planté / Collection Nicéphore Niépce Maurice-Louis

La guerre n’aura pas lieu…

« […] la paix d’aujourd’hui ne fait songer qu’à une sorte d’équilibre des faiblesses, nécessairement plus instable. » (Paul Valéry, Regard sur le monde actuel, Paris, éditions Stock, 1931)

Rarement il y eut autant à lire et à regarder qu’en cette décennie. Réputée brillante voire clinquante, l’époque est en réalité d’une hauteur intellectuelle et novatrice peu commune. Dans la presse et les magazines, avec la photographie, les idées s’exposent : politiques, syndicalistes, écrivains, groupes « révolutionnaires », religieux, ligues de vertus et chantres du naturisme, tout le monde s’enflamme et s’apostrophe par article ou ouvrage interposé. Les duels sont verbaux, nombreux, et parfois verbeux.

Le souhait d’un « retour à la tradition » pour oublier l’horreur de la guerre est partagé par tous. Pour autant, ce Retour à l’ordre n’est en rien une volonté de mise au pas du monde. Cette notion, titre d’un recueil d’articles publié par Jean Cocteau en 1926, mal passée à la postérité, exprime l’envie pacifique d’un retour à l’ordre tranquille des choses. Elle exprime l’attente de pouvoir à nouveau jouir du jour, de retrouver un monde d’une beauté variée, androgyne et complémentaire. Mais il est vrai que fiers ou ridicules, les manifestes en faveur de la clarté française et du classicisme patriotique se multiplient, et que la déformation du propos d’origine est inéluctable.

La photographie montre ce parcours lumineux qui débouche sur la nuit la plus noire. Elle a appris à révéler la vérité du monde, à le poétiser, voire à le dramatiser. Les photomontages d’Alexander Liberman font les trois à la fois, tour de force intellectuel et esthétique s’il en est, prouvant que comme témoins de leurs temps, la presse et la photographie sont incontournables.

Jean Moral Bal Tabarin Années 1930 Tirage sur papier au gélatino-bromure d'argent Collection musée Nicéphore Niépce

Jean Moral Bal Tabarin Années 1930 Tirage sur papier au gélatino-bromure d'argent Collection musée Nicéphore Niépce

VU n°226 Boris Lipnitzki 13 juillet 1932 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

VU n°226 Boris Lipnitzki 13 juillet 1932 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Musée du château des ducs de Wurtemberg
25200 Montbéliard
Tél. : 03 81 99 22 61
musees@montbeliard.com
www.montbeliard.fr
Exposition du 7 avril au 16 septembre 2018
De 10h à 12h et de 14h à 18h
Fermé le mardi et les jours fériés sauf le 15 août
Entrée : 6 euros / Tarif groupes et étudiants : 4 euros
Entrée gratuite pour les moins de 18 ans, les personnes handicapées,
ainsi que le 1er dimanche de chaque mois.
Vernissage le vendredi 6 avril à 18h

Voilà n°106, 1er avril 1933 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Voilà n°106, 1er avril 1933 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Rendez-vous autour de l’exposition
Événements

CONFÉRENCE
Mercredi 16 mai à 18h
« Le style 1925-1935, retour à l'antique ou élan vers le moderne ? » Par Delphine Desveaux, co-commissaire de l’exposition.
Réservation conseillée au 03 81 99 22 53 ou ltharreau@montbeliard.com

NUIT DES MUSÉES
Samedi 19 mai de 19h à minuit
Une soirée de découvertes, visites, événements, ouverte à tous
Entrée libre

CINÉMA
Mercredi 23 mai à 20h15
Projection du film « Études sur Paris » (1928, 1h20 version restaurée), d’André Sauvage.
Une promenade unique et poétique dans le Paris des années 1920
Cinéma le Colisée, à Montbéliard, en partenariatavec « Le Cinéma et Rien d’Autre »

CONFÉRENCE
Mercredi 27 juin à 18h
« La modernité photographique s'invite dans la presse de mode, l'exemple de Jean
Moral » Par Sylvain Besson, co-commissaire de l’exposition.
Réservation conseillée au 03 81 99 22 53 ou ltharreau@montbeliard.com

CONCERT
Dimanche 9 septembre à 10h30
En partenariat avec le Conservatoire du Pays de Montbéliard
Réservation au 03 81 99 22 53 ou ltharreau@montbeliard.com

JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE
Samedi 15 et dimanche 16 septembre

Visites commentées et visites en famille
Entrée libre

Activités adultes, enfants & familles
Midi du musée
Les jeudis 26 avril, 7 juin, 16 août et 6 septembre
Visites commentées adultes de 12h30 à 13h30
Entrée libre

Dimanche au musée
Les dimanches 6 mai, 1er juillet et 2 septembre
Visite commentée adultes : 14h30
Visite en famille : 16h
Gratuité des musées le 1er dimanche du mois

Activités des vacances
« Sur les traces d’Albert, reporter photographe »
Un immense paquebot, des gratte-ciels, une course de voiture, des danseurs ou des femmes élégantes : suivons Albert pas à pas pour retracer, imaginer ou dessiner ce curieux monde en noir et blanc.
Les jeudis 12 juillet et 30 août
De 10h à 11h30 : visite-atelier 4-6 ans
De 14h à 16h : visite-atelier 7-12 ans
3 € par enfant - Sur réservation

Accueil des scolaires et groupes adultes
Visites commentées adultes ou visites-ateliers pour les groupes scolaires ou centres de loisirs, sur réservation.
Renseignements et réservations au 03 81 99 23 61
ou sbiron@montbeliard.com

L’Art vivant n°135 Germaine Krull, Eli Lotar 1er août 1930 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

L’Art vivant n°135 Germaine Krull, Eli Lotar 1er août 1930 Héliogravure Collection musée Nicéphore Niépce

Le musée du château des ducs de Wurtemberg

Forteresse médiévale du Xe siècle, le château des ducs de Wurtemberg et ses bâtiments n'ont cessé d'être transformés au cours des siècles. De 1397 à 1793, le château fut la résidence des comtes de Montbéliard, puis des ducs de Wurtemberg à partir de 1495. Voilà pourquoi le Pays de Montbéliard est alors devenu une principauté germanique. Aujourd'hui, le château n'a rien perdu de son caractère. Situé au coeur de la ville, il se dresse sur un éperon rocheux dominant le confluent de la Lizaine et de l’Allan. Il est constitué de deux grosses tours rondes (1424 et 1590) et d’un corps principal reconstruit en 1751. En 1960, le château devient un musée regroupant diverses et riches collections : archéologie, histoire naturelle et beaux-arts. Depuis 1970, le musée développe également une collection d’art contemporain.

L’archéologie
Les collections archéologiques du musée proviennent principalement de sites régionaux. Zone de passage obligée entre les régions occidentale, méridionale et l’espace rhénan, la région de Montbéliard a de tout temps fixé les populations, qui ont su profiter de ses attraits et de ses ressources naturelles.

La galerie Cuvier et les collections d’histoire naturelle
Georges Cuvier (Montbéliard, 1769-Paris, 1832), père de la paléontologie scientifique, élève l’anatomie comparée au rang de science et met en lumière une classification du règne animal, qui est à l’origine de celle que nous utilisons aujourd’hui. La paléontologie est illustrée par des collections régionales : le reptile marin de Noirefontaine (-180 millions d’années), les fossiles de vertébrés de l’aven de Romain la Roche (-150 000 ans), les fossiles de végétaux de Ronchamp (-300 millions d’années), les poissons de Froidefontaine (-35 millions d’années) et les ours des cavernes de Gondenans-Les-Moulins (-50 000 ans). Les collections zoologiques et botaniques sont, quant à elles, rassemblées dès 1850. Mammifères, oiseaux, insectes et planches d’herbiers de la région en constituent le fond sans cesse enrichi.

L’histoire
Les collections historiques du château sont constituées de meubles, pièces d’orfèvrerie, tableaux, armes et objets du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Parmi les pièces les plus remarquables figurent le bassin de la Tempérance, l’aiguière et le bassin de Mars de l’orfèvre montbéliardais François Briot (vers 1585), ainsi que le buffet dressoir de Jérémie Carlin (1600).

Les peintres régionaux
Une galerie est spécialement consacrée aux artistes locaux, rassemblant peintures et sculptures de la fin des XIXe et XXe siècles : Paul-Élie Dubois, Jules-Émile Zingg, Charles Weisser, Georges Bretegnier, Pierre Jouffroy et Armand Bloch.

La collection d’art contemporain
Cette collection regroupe près d’un millier d’oeuvres parmi lesquelles peintures, sculptures, dessins et estampes, depuis le milieu du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Elle s’articule autour des années 1970-1990 et en particulier autour de la figure locale de Jean Messagier, pilier de l’abstraction lyrique, mouvement né à Paris dès 1947 autour de Manessier, Soulages, Bazaine ou encore Hartung. L’abstraction géométrique, illustrée par des oeuvres de François Morellet, Véra Molnar ou César Domela, en constitue un contrepoint.

Maurice-Louis Branger Musique sur la plage. Nice (Alpes-Maritimes), vers 1925 Négatif au gélatino-bromure d'argent sur verre Collections Roger-Viollet / BHVP

Maurice-Louis Branger Musique sur la plage. Nice (Alpes-Maritimes), vers 1925 Négatif au gélatino-bromure d'argent sur verre Collections Roger-Viollet / BHVP

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manou 15/04/2018 07:49

J'aime beaucoup ces illustrations anciennes :) Mais c'est pas trop près de chez moi

lemenuisiart 13/06/2018 19:08

Et pour moi aussi

moqueplet 15/04/2018 06:14

voilà des affiches de toute beauté vue l'époque....tu nous as gâté avec cette belle page....merci et doux dimanche

lemenuisiart 13/06/2018 19:11

Cela me fait plaisir, j'ai bien sélectionné

Marcel 14/04/2018 20:40

Superbes ces photos en noir et blanc.

lemenuisiart 13/06/2018 19:13

Merci beaucoup

Marcel 14/04/2018 20:40

Superbes ces photos en noir et blanc.

Livia 14/04/2018 13:23

Waouh! C'est surement une belle expo!

lemenuisiart 13/06/2018 19:17

Je le pense bien

covix 14/04/2018 12:10

Bonjour Christian,
Une belle exposition qui met en lumière cette décennie de l'entre deux guerre.
Bonne journée
@mitié

lemenuisiart 13/06/2018 19:17

C'est bien résumé

ocgall 14/04/2018 09:47

Bonjour d’Angers …
Belles photos ! Un passé qui mérite être revisité ...
Passe une bonne journée ... Amicalement ... ¢ℓαυ∂є …

lemenuisiart 13/06/2018 19:20

revisité c'est bien dans un sens

missfujii. 14/04/2018 09:03

Les photos qui témoignent du passé, sont superbe

lemenuisiart 13/06/2018 19:22

C'est bien dit

Rose63 14/04/2018 09:03

Intéressant , vraiment riche cette expo
merci Christian
Bonne journée

lemenuisiart 13/06/2018 19:23

Je le pense aussi

ZAZA 14/04/2018 09:01

Un billet fort intéressant qui retrace une époque qui a marqué le 20ème siècle. Merci Christian.
Bises et bon weekend

lemenuisiart 13/06/2018 19:23

C'est très bien dit

dom 14/04/2018 08:57

Bonjour, cher christian
Merci pour le partage de ce super reportage.
Bon week end avec un temps gris.
Plus qu'un jour ...
Bisoux

lemenuisiart 13/06/2018 19:23

Merci beaucoup

Sirius 14/04/2018 08:52

De très belles photos qui font regretter que cette expo soit si loin!

lemenuisiart 13/06/2018 19:26

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